Article Virage


 

EnglishFrench

Un 1998, un policier montréalais
à la retraite, Denis Leblanc, créait
le Chemin des sanctuaires, version
québécoise du légendaire Chemin de
Saint-Jacques-de-Compostelle, reliant
la France et l’Espagne. Long de 375
kilomètres, il part de l’oratoire Saint-
Joseph, à Montréal et se rend jusqu’à
la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré,
à l’est de Québec. Les pèlerins québécois
l’effectuent en 18 jours de marche,
à raison de 20 kilomètres par jour.
Il existe aujourd’hui plus de 1500 kilomètres
de chemins de pèlerinage au
Québec, qui conviennent autant aux
marcheurs débutants qu’expérimentés
et qui traversent des paysages magnifiques,
en longeant le fleuve ou un cours
d’eau. Ils sont constitués de sentiers de
marche en nature et de routes rurales
peu fréquentées par les automobilistes.

Latreille, 75 ans, de Gatineau,
marcheur invétéré qui a créé en 2005
le Chemin des Outaouais. En 2008, il
a marché 800 kilomètres pendant 33
jours d’affilée, de Gaspé à Montréal.
D’autres parcourent ces chemins pour
faire le point dans leur vie : ils se remettent
en question sur le plan professionnel,
vivent une rupture ou un
deuil, sont sur le point de prendre leur
retraite ou veulent tout simplement
aller à la rencontre d’eux-mêmes.
« J’avais besoin de penser à moi, affirme
Lise Doyon, responsable du
Chemin des sanctuaires. Quand on
marche, on amorce une réflexion,
on revoit ses priorités. La dimension
spirituelle finit par nous rejoindre. »
D’autres marcheurs enfin se préparent
à marcher Compostelle.

Les marcheurs ne traînent avec eux que
l’essentiel, dont

le guide du pèlerin, qui leur permet
de suivre l’itinéraire sans difficulté et
leur fournit des informations sur le
kilométrage, les haltes où se reposer,
l’hébergement, les restos… Lorsque
ces marcheurs s’arrêtent le soir, ce n’est
pas dans un hôtel de luxe qu’ils passent
la nuit, mais plutôt dans une école,
une résidence pour personnes âgées,
un sous-sol d’église, une communauté
religieuse, une caserne de pompiers.
Souvent, leur lit est constitué d’un
simple matelas posé au sol.
Suzanne Desmarais, 65 ans, de
Montréal, a marché 1600 kilomètres
à Compostelle et parcouru tous les
chemins de pèlerinage du Québec.
« Marcher est une façon de se
recentrer sur soi, dit-elle. C’est
vivre dans la simplicité et dans le
moment présent. »

La foi… et bien plus ! Même si ces chemins de pèlerinage passent par des sanctuaires, tous les marcheurs ne les parcourent pas pour des motifs religieux. Certains le font pour l’amour de la nature, pour se dépasser ou retrouver la forme physique. « Je suis retraité depuis 20 ans et j’adore marcher en solitaire dans la nature », affirme Rodolphe