noelle_lehouxNoëlla Lehoux, une résidente de Ste-Brigitte-de-Laval, nous raconte cette expérience unique d’une rencontre avec soi-même.

Léna Rouillard – Madame Lehoux, 400 km à pied, avec un sac de 18 livres sur le dos, 25 km par jour, beau temps mauvais temps, pourquoi entreprendre ce périple ? Qu’est-ce que vous alliez chercher à travers ce voyage ?

Noëlla Lehoux – D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu soif de spiritualité. Ce ne sont pas les « rituels religieux » qui m’inspirent mais plutôt cet état, ce sentiment d’être en contact avec le divin en soi. Ce voyage, c’était donc un rendez-vous avec l’intérieur de moi-même, une sorte d’aventure personnelle, une réponse à « qui suis-je vraiment ».

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L.R. – Parlez-nous un peu de vous avant de commencer ce voyage… si vous le voulez-bien.

N.L. – Je suis native de la Beauce, de Sainte-Marie. J’habite Ste-Brigitte depuis 23 ans. J’aime sa tranquillité, la beauté de la nature, ses 4 saisons. J’ai 57 ans. Je travaille au ministère de l’éducation où je suis secrétaire. Je suis une personne assez solitaire. J’aime la marche, l’exercice physique. Je suis très soucieuse d’une bonne alimentation, autant physique que spirituelle. Bien que je n’aie pas d’enfants moi-même, je les adore. J’ai ouvré pendant un bon bout de temps dans le mouvement scout et je me suis impliquée dans la préparation des jeunes aux sacrements. Je vous avoue que je trouve particulièrement intéressante la nouvelle génération d’enfants. Ces jeunes ont du génie et je suis convaincue que nous aurons, comme adultes, beaucoup à apprendre d’eux. Il faut les consulter et écouter ce qu’ils ont dans leur cœur.

L.R. – Comment se prépare-t-on à devenir pèlerin ?

N.L. – Puisque c’est un voyage de 400 km, on doit s’entraîner. On pratique la marche en pensant qu’on aura à faire un bon 20 à 27 kilomètres par jour. Puis on porte son sac à dos. Pas trop lourd au début mais en augmentant le poids peu à peu. On s’achète des chaussures longtemps à l’avance, que l’on use jusqu’à ce qu’ils soient très confortables. Je recommanderais à de futurs pèlerins d’acheter des vêtements légers, qui respirent et qui sèchent rapidement. Mettre le prix, ça vaut la peine. Comme ces voyages se font l’été, il est bon d’acheter des pantalons qui ont peuvent se porter courts ou longs. Tout doit être pesé. C’est surprenant comme un petit sac, des babioles, peuvent peser lourds sur les épaules… Pour éviter les tendinites et les bursites de toutes sortes, j’ai initié mes compagnes de voyage au stretching (étirements) du matin, ce fut très utile. Nous avons fait l’expérience de l’huile d’émeu. Pour toutes sortes de petits et de gros bobos, ça fait des miracles! La préparation mentale est aussi importante.

L.R. – On dit justement dans un article de Colette Pépin paru sur le site de Québec à Compostelle que le « camino » ou pèlerinage, nous parle, nous révèle graduellement des éléments, voir un secret, pour que nous apportions des changements ou des améliorations dans notre vie.

N.L. – C’est vrai. On ne voit pas toujours les messages que nos bobos, les limites, les défis que nous envoie notre corps. Le pèlerinage nous révèle bien des choses sur notre situation intérieure. C’est pourquoi il faut avoir une attitude d’ouverture au départ et faire confiance.

L.R. – Vous ne voyagiez pas seule.

N.L. – Nous partons par groupes de 4 personnes. Nous connaissons nos compagnons qu’au moment du départ. Nous étions 4 femmes. Nous sommes devenues de bonnes copines immédiatement. Il n’y a pas d’âge limite non plus. Une dame de 84 ans entreprenait son 4e pèlerinage cet été. Mon entourage était plutôt inquiété par mes 95 livres ! À la fin du parcours, je n’avais pas perdu une seule once ! Ce n’est ni l’âge, ni le poids, c’est plus l’envie de faire le voyage, la quête spirituelle qui fait le pèlerin. Pas de TV, de téléphone, d’obligations ou d’horaires… Marcher, manger, dormir. Peu de bagages, voyager léger. Pour la bouffe, on arrêtait dans des épiceries, des restaurants… on s’apportait de l’eau, des fruits, un petit « en cas » c’est tout. On pratique le dénuement, on voyage « incognito ». Nous surveillons nos pensées pour demeurer dans le moment présent, conserver l’esprit ouvert à l’aventure, ouvert à ce rendez-vous avec soi-même, libre d’entendre les messages qui proviennent du fond de son âme.

L.R. – Où dormiez-vous ?

N.L. – Nous avons avec nous un parcours détaillé avec les endroits d’hébergement bien indiqués. Nous sommes toujours attendus. Nous avons dormi dans des monastères, gymnase d’école, sous-sol d’église, maison des jeunes… à un coût symbolique de 10 $ par soir.

L.R. – Pourquoi au Québec et non à Compostelle ?

N.L. – À Québec c’est plus sécurisant. Tout est en français, nous avons accès au réseau de santé, le terrain est plat, contrairement à Compostelle, qui se fait en terrain montagneux, et le parcours est moins long (1 800 km pour Compostelle en partant de Paris, France).

L.R. – Vous avez fait plusieurs visites ?

N.L. – Des lieux touristiques, pas tellement. Des églises oui. Les églises vides ont une telle atmosphère de recueillement. Une compagne de voyage nous a initiées aux croix de chemin. J’avoue que je n’en avais jamais remarqué auparavant. Nous avons donc mis les croix de chemin sur notre itinéraire. Nous prenions toujours un moment pour nous y arrêter. Maintenant j’en vois partout Deux sanctuaires m’ont particulièrement impressionnée. Je n’avais jamais visité l’Oratoire St-Joseph, ni entendu parler du frère André. J’ai appris qu’il était petit, maigre, plutôt effacé et qu’il ne dormait pas beaucoup. Comme moi! Pourtant cela ne l’a pas empêché de vivre jusqu’à 91 ans! Je me suis dit intérieurement, « toi tu me comprends » ! Puis la Basilique Ste-Anne. C’était à la fin du voyage. Je n’ai pas de mots pour décrire le bonheur, la joie, cette légèreté que j’ai ressentie à ce moment-là. J’avais l’impression que j’allais partir à voler ! Cette émotion m’habite encore aujourd’hui. C’est quelque chose que je voudrais dire à tout le monde. Je suis restée 2 jours de plus à Ste-Anne, pour décanter, pour méditer sur toute cette expérience.

L.R. – Qu’est ce que vous avez découvert justement au bout du voyage ?

N.L. – Il y a des périodes durant cette marche où tu es seule, des moments ou tu ressens une grande liberté, une grande légèreté intérieure. La phrase qui m’est venue à l’esprit est que « Dieu nous a créés libres ». Ça m’a donné le goût d’aimer de manière inconditionnelle, avec humilité, à la manière de Sainte-Thérèse-de-Liseux. Aimer et servir. Faire avec amour les gestes les plus petits peut sauver le monde et aussi, combien rendre service peut nourrir l’âme de celui qui le rend. Accepter sa condition humaine avec ses handicaps, ses défauts, ses doutes, ses maladies et apprendre à s’aimer dans tout cela. En faisant une rétrospection des faits de ma vie, j’ai vu que les obstacles qui se sont présentés ont toujours trouvé une solution, un sens. Nous faisons partie d’une grande famille humaine, et enfin, nous sommes tous des pèlerins sur cette terre. J’avais le goût de communiquer cette expérience avec vos lecteurs.

L.R. – Merci de votre témoignage Noëlla Lehoux. Pour les personnes qui aimeraient s’entretenir avec madame Lehoux sur son expérience peuvent entrer en contact avec elle via le lavalois au 825-1020. Il nous fera plaisir de lui transmettre vos coordonnées. Par ailleurs, une conférence sera prononcée par M. Jean-Marc Darveau sur ces pèlerinages le 26 janvier prochain, à 19 heures, au Service diocésain de Québec.

Pour plus d’information : quebec @duquebecacompostelle.org ou par téléphone au 694-1088.

D’autres informations sont disponibles ici même sur le site : www.sanctuaires.ca[/toggle]